J'écoute : Mylène all time
Je regarde : le mur d'en face
Je lis : beaucoup!
Je joue : à l'impro totale!
Je mange : nature
Je bois : de la Despé (fini le Rhum)!
Je cite : personne
Je pense : tout seul
Je rêve : et heureusement!
(mis à jour samedi 6 septembre 2008 à 21:38)

16/07/2008

16/07/08 - 18:43

"Globalia" de J-C Rufin



Globalia est avant tout un roman d'aventures, mais sous-tendu par une réflexion sur l'état du monde. Une réflexion qui repose sur deux idées principales :
d'abord, imaginer l'évolution possible des rapports Nord-Sud. Ensuite, explorer l'inattendu des démocraties, qui, après avoir triomphé dans les années 1990,
commencent à révéler de plus en plus un caractère sinon totalitaire, du moins pas si paradisiaque qu'on le prétend. (Tocqueville, d'ailleurs, s'était déjà interrogé sur ce
paradoxe de l'évolution démocratique.)

Mais Globalia n'est plus une démocratie, c'est une oligarchie camouflée en démocratie. Le principe de représentation poussé à l'extrême, avec la multiplication
des centres de pouvoir et de décision, finit par annuler toute dimension politique. À Globalia, il y a des élections partout et tout le temps, mais elles ne changent rien à rien.
C'est l'histoire d'un monde où, face au déchaînement de violence autour des questions historiques, ethniques, religieuses et politiques, on a décidé leur abolition.
Tout est désormais basé sur l'économie, la politique n'est plus qu'une comédie en surface.
L'auteur montre comment un système fondé sur la liberté peut devenir totalitaire. Les totalitarismes récents, comme le communisme, étaient fondés sur la norme,
la contrainte, l'interdiction. Mais notre période de prospérité et de liberté pourrait bien aboutir elle aussi à la soumission totale et surtout à l'aliénation totale :
aucun dirigeant globalien n'a de prise sur le destin de son pays, sauf le petit groupe de très grands patrons qui détient les vrais pouvoirs.

Globalia, c'est aussi la dictature des vieux: C'est, poussée à l'extrême, une certaine conception individualiste des droits de l'homme, au mépris de toute dimension
communautaire. Dans cette optique, chacun peut revendiquer tout au long de sa vie, et jusqu'à un âge très avancé, la pleine jouissance de ses moyens et de son pouvoir,
au lieu de penser à ceux qui sont à naître. Ainsi, c'est la quasi-disparition des enfants dans nos sociétés occidentales. On en mesure encore mal les conséquences.
Autre idée importante : la culture prime la nature. Donc tout peut s'acquérir à tout moment, y compris la jeunesse et la beauté - c'est le moteur même de la société de
consommation. La nature est profondément inégalitaire, elle disperse ses dons au gré de ses caprices : il faudrait donc la corriger par la culture. Ce n'est pas une idée nouvelle,
on en trouve trace dès le XVIIIe siècle : la nature brute, sauvage, est épouvantable, elle ne devient réellement nature qu'après avoir été recréée, cultivée.
C'est d'ailleurs toute la philosophie du jardin à la française… En ce sens, Globalia est un immense jardin où les plantes sont remplacées par les êtres humains.

Globalia, société qui prône l'harmonie universelle, s'impose aussi par le chaos. C'est un système mou qui a besoin d'un ennemi pour exister. Regardez ce que vient de se
passer en Irak : on a assisté à la destructuration d'un pays qui n'était certes pas une démocratie, mais qui était fortement structuré et qu'on a plongé dans le chaos total.
Si l'on systématise ce comportement, cela donne Globalia.

Globalia est un cri d'alarme, un avertissement. Peut-être une sorte d'état des lieux avant la catastrophe ! Mais ce n'est pas un essai, c'est d'abord un roman.
Disons que c'est un cri d'alarme sans prescription : il y a un diagnostic, mais pas de traitement.

Bref, de beaux moments de réflexion sur notre monde contemporain.
A lire à tout prix.

Voili, voilou,
A toute!

En cours: "Le Sphinx Rouge" d'Alexandre DUMAS.

commentaires

16/07/08 - 18:49

bouquin formidable! il nous alerte, à nous de tenter d'offrir une autre suite....

16/07/08 - 22:07

Franchement, je n'avais pas trouvé ça terrible : écriture un peu facile, avec tous les poncifs possibles sur un sujet grave, qui méritait un traitement plus... enfin mieux, quoi.

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